Nouvelles nominations dans les FARDC : Kabila en ordre utile de bataille vers un putsch constitutionnel ?

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Dans une série d’ordonnances rendues publiques le samedi 14 juillet 2018, Joseph Kabila a procédé à de nouvelles mises en place à la tête des FARDC, l’armée congolaise. Les principales nominations concernent le remplacement du chef d’État-major général des FARDC, le général Didier Etumba, par le lieutenant général Célestin. Mbala Musense, promu en même temps au grade de général d’armée. Retraité, le général Etumba est désormais conseiller militaire de Joseph Kabila. Est-ce pour en faire son dauphin en cas de fortes pressions de la communauté internationale? Les spéculations vont bon train. Loyal parmi les fidèles et les soumis, le général Etumba, alors major victime du tribalisme au sein des FAZ, est considéré comme le coach personnel de Kabila lorsque ce dernier fut catapulté au grade de général major et à la tête de l’armee de terre. Ce fut le début d’une longue histoire d’amour militaire entre les deux hommes. Joseph L’appren officier Kabila, tombé sous le charme d’une intelligence fine de cet ancien diplômé de l’Ecole royale militaire belge, ayant le même cursus que l’auteur de cet article, fera du général Etumba Longila, le Chef d’état-major le plus capé de l’histoire de la RDC pendant 10 ans. L’homme  ne manque pas d’atouts et a bénéficié pendant un temps de la sympathie dans les milieux militaires belges, américains et surtout rwandais.

L’autre général d’armée, François Olenga Tete, ancien chef d’état-major particulier de Kabila et chef de sa maison militaire, est également envoyé à la retraire. Il devient chargé de mission de Kabila. Ce dernier veut encore tirer profit en coulisses de son carnet d’adresses assez étoffé en Russie et dans les pays de l’ex-bloc soviétique. Olenga serait d’ailleurs à la base de la réactivation de la nouvelle convention de coopération militaire entre la Russie et la RDC. Notons enfin que quelques semaines plutôt, le lieutenant-général Denis Kalume Numbi, mis également à la retraite, a été nommé ambassadeur en Russie.

La grande nouveauté concerne le retour aux affaires du lieutenant-général John Numbi en qualité d’Inspecteur général de l’Armée. Mulubakat originaire de la nouvelle province de Haut-Lomami de l’ex-Katanga, le général John Numbi, reste l’un des militaires les plus puissants du pays et un des hommes de confiance du président Kabila. Il est très influent dans l’armée et dans la police congolaises. Il a commandé la force aérienne entre 2004 et 2007, puis la police nationale congolaise entre 2007 et 2010, avant d’être suspendu à la suite de l’affaire Chebeya, ancien président de la Voix des Sans Voix, dont il est suspecté par plusieurs ONG des droits de l’homme d’être le responsable de son assassinat et de celui de son chauffeur Fidel Bazana. Mais cette suspension ne l’a pas vraiment écarté du cercle sécuritaire de Kabila. Les éléments armés à la solde du général Numbi – dont ses anciennes unités spéciales cobras et simbas[1] – ont continué à agir au profit de Kabila, notamment au Katanga.

Un des sept véhicules avec des éléments encagoulés assurant le cortège de John Numbi à Kinshasa après sa réhabilitation. Photo exclusive DESC – Mai 2018

Réhabilité par une ordonnance présidentielle de novembre 2017, le général Numbi revient en force dans un poste très ambigu d’Inspecteur général de l’armée. Numbi est sous sanction de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Suisse.

Légalement parlant, l’Inspecteur général de l’armée exerce une fonction purement administrative – – rattachée au ministère de la Défense nationale[2]. De ce fait, n’a aucune hiérarchie fonctionnelle et opérative directe sur l’armée dont la mise en condition opérationnelle est assurée par le Chef d’état-major général des FARDC qui en fait le véritable patron de la l’armée en tant que soutien au Chef de l’Etat en tant que Commandant suprême des FARDC[3].

En effet, en tant qu’Inspecteur général des FARDC, ses attributions de fonction sont déterminées par l’article 47 de la loi organique portant organisation et fonctionnement des FARDC :

L’Inspecteur Général des Forces Armées a pour missions d’assurer le contrôle de l’application de la loi, des directives et des instructions relatives au fonctionnement des Forces Armées, notamment :

– le contrôle de la gestion rationnelle des ressources humaines et matérielles mises à la disposition des différentes forces ;

– le contrôle et l’exécution des dotations budgétaires allouées aux Forces Armées ;

– le contrôle de l’adéquation et de la fiabilité du matériel et des équipements ;

– l’évaluation des performances et des capacités opérationnelles des Unités.

L’autre promotion importante concerne la nomination du général Gabriel Amisi Kumba, dit Tango Four, au poste de chef d’État-major adjoint des FARDC chargé des opérations et du renseignement, soit le numéro deux de l’armée.

En réalité, si sur papier – comme l’a été Didier Etumba, un général sans troupes – le lieutenant-général Célestin Mbala est le numéro 1 de l’armée, les véritables chefs opérationnels des FARDC sont les généraux Amisi (qui a longtemps commandé des troupes opérationnelles jusqu’à récemment) et John Numbi, nommé Inspecteur général, mais dont l’influence au sein de l’armée, notamment la Garde républicaine et la police, est restée intacte.

En effet, une analyse minutieuse de ces nominations laisse transparaître que les généraux Mbala et Numbi occupent des fonctions ambiguës, l’un par rapport à l’autre, sans lien d’autorité hiérarchique directe. Nommé Lieutenant-général (trois étoiles),  le général Mbala occupe la fonction militaire la plus élevée de l’armée sans en porter le grade le plus élevé tel que prévu par l’article 61 de la loi organique sur les FARDC qui stipule. « Il est placé, à la tête de l’Etat-Major Général des Forces Armées de la République Démocratique du Congo, un Officier général revêtu du grade le plus élevé parmi les officiers en activité. Il porte le titre du Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées« . Or l’Inspecteur général de l’Armée, qu’est le général Numbi, qui grimpe du grade de général Major (deux étoiles) à celui de général d’armée (4 étoiles), le grade le plus élevé en activité alors qu’il ne fait pas partie du Haut Commandement Militaire conformément à l’article 32 de la loi organique. Numbi exerce une fonction purement administrative avec un grade qui dépasse celui du chef d’état-major général de l’armée, Mbala, censé occuper un grade plus élevé que Numbi. Il s’agit d’une violation flagrante de la loi organique sur les FARDC.

En effet, Joseph Kabila, dans une stratégie de diviser pour mieux régner, procède par ces nominations à un subtil jeu de créer la confusion en faisant de sorte que l’un soit chef hiérarchique (militaire) de l’autre en tant que chef d’état-major général de l’armée, mais aussi que l’autre inspecte fonctionnellement et surveille le premier en sa qualité d’Inspecteur de l’armée. Ce qui lui permet d’être le seul maître de l’échiquier militaire dont il maitrise les moindres contours.

Outre la restructuration du commandement des écoles militaires, environ 40 généraux de brigade (une étoile) sont élevés au grade de général major et 145 colonels sont promus au grade de général de brigade (une étoile). Au total, les FARDC, une armée inefficace depuis sa création, compteune pléthore d’environ 200 généraux. Ces nominations sonnent comme un acte d’achat de leur conscience patriotique et républicaine lorsqu’il sera éventuellement question pour l’armée et ses généraux de faire respecter l’ordre républicain et constitutionnel actuel.

Joseph Kabila reste cohérent dans sa stratégie politique sécuritaire depuis 2013 en gratifiant les plus loyaux de ses généraux pour faire face aux échéances politiques houleuses

Un premier constat assez troublant est que ces nominations font suite à la nouvelle restructuration du camp politique autour de Joseph Kabila consacrant la création d’une grande coalition politico-électorale dénommée Le Front Commun pour le Congo (FCC) dont il assure l’autorité suprême. Un second constat est que cette restructuration du commandement de l’armée intervient dans la foulée de la mise en place de la Cour constitutionnelle et à la veille du dépôt de candidatures pour la présidentielle. Des signaux qui laissent très peu de doutes sur la volonté de Joseph Kabila de briguer un troisième mandat présidentiel consécutif alors que constitutionnellement parlant, son mandat a expiré depuis le 19 décembre 2016.

L’analyse minutieuse de ces nominations montre qu’elles obéissent d’abord à un objectif politique immédiat, et moins à une finalité sécuritaire nationale, à savoir la volonté de plus en plus affichée, jusqu’à preuve du contraire, de Joseph Kabila de vouloir se porter candidat à la prochaine élection présidentielle en mettant en place les personnes capables de le suivre loyalement jusqu’au bout de sa stratégie politique dont l’aspect militaire reste la pierre angulaire.

Il convient de remarquer qu’à chaque période critique de la crise politique et sécuritaire en RDC, Joseph Kabila a tendance à gratifier ses généraux et quelques officiers supérieurs pour s’assurer de leur loyauté en cas de troubles ou pour se prémunir contre les contestations populaires. En 2013, quelques temps après la chute de Goma aux mains des rebelles du M23, Joseph Kabila n’a pas trouvé mieux que de promouvoir une centaine de généraux afin de faire baisser un tant soit peu la tension populaire et militaire qui se cristallisait autour de sa personne.

En septembre 2014, il va procéder à une profonde restructuration des FARDC en vue d’entamer la période critique de la fin de son dernier mandat, en nommant notamment des généraux loyaux à des postes stratégiques. Amisi Tango Four, qui sortait d’une suspension, va être promu Commandant de la très stratégique Première Zone de Défense couvrant la partie occidentale du pays, généralement hostile à Kabila. Le général katangais Gaston Hughes Kampete sera placé à la tête de la très redoutée Garde républicaine (GR). En 2016, l’année de tous les enjeux, Kabila va gratifier plusieurs colonels et généraux des Toyota Land Cruiser VIP et d’énormes sommes l’argent pour s’assurer de leur loyauté en décembre de la même année[4].

La nouvelle restructuration dans le continuum de la précédente

On ne change jamais la stratégie/tactique qui gagne. Dans quelques mois, Kabila est supposé terminer son mandat. Mais plusieurs signaux montrent que l’homme tient à opérer un coup de force militaire. Pour ce faire, il doit compter sur l’armée vu que les options politiques et diplomatiques lui offrent de moins en moins des marges de manœuvre vis-à-vis de l’opinion publique nationale et internationale.

La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyen, disait Clausewitz, le célèbre stratégiste prussien. Et dans le paysage politique de ces deux dernières décennies, Kabila semble être quasiment le seul acteur politique qui a compris l’importance d’impliquer les hommes en armes dans sa stratégie politique de conquête ou de conservation effective du pouvoir. Cela lui permet d’avoir l’effectivité de l’impérium sur le terrain politique.

En effet, le caractère apolitique de l’armée, prévu dans la constitution, reste généralement très théorique en Afrique. L’intrusion des militaires en politique y a longtemps été la norme plutôt que l’exception[5]. Le pouvoir dans la plupart des États africains est distribué et détenu sous le contrôle des services de sécurité et des forces armées de l’État[6]. L’armée est reconnue dans les études de sociologie militaire africaine comme une ressource du pouvoir ou de la lutte pour le pouvoir. La RDC reste dans ce domaine est un cas d’école depuis son accession à l’indépendance et Kabila l’a bien compris. Il ne compte donc pas se passer de cette ressource indispensable pour sa survie politique.

Les changements opérés par Kabila à la tête de l’armée donnent visiblement des signaux clairs d’une extrême radicalisation politique du haut commandement militaire des FARDC. Les retours des généraux Amisi et Numbi, respectivement comme adjoint du chef d’état-major général des FARDC et Inspecteur général des FARDC illustrent ce durcissement du régime. Il s’agit de deux généraux qui revenaient de suspension et dont les promotions ne sont pas motivées par leurs capacités militaires à rendre les FARDC performantes, mais bien par leur loyauté absolue et aveugle à Kabila. Les deux généraux sont sous les coups des sanctions américaines, européennes et de la confédération suisse. Ce qui explique le fait que l’un ou l’autre ne pouvait pas être promu à la tête de l’armée. De plus, nommer l’un d’entre eux à la tête de l’armée serait interprété comme un mauvais signal frontal lancé à l’opinion publique nationale, à la communauté internationale et aux associations des droits de l’homme, même si leurs nominations à ces fonctions, tout autant très importantes, se présentent tout de même comme un défi de Kabila à leur endroit[7].

Jean-Claude Yav, un Lunda ou rund du Lualaba – équilibre nord-sud katangais oblige – devrait en principe être nommé chef de la maison militaire de Kabila et Chef d’état-major particulier, en remplacement du général Olenga dont il était adjoint jusque-là. Son poste actuel est occupé désormais par le nouveau général de brigade promu, l’Ir Ermiste François Kasanda, un des rares brevetés d’état-major (BEM) de l’ERM de ces dernières années. Il est le fils du célèbre surdoué guitariste « solo » Dr Nico Kasanda dont le talent musical a été particulièrement mis en évidence dans le tube « Indépendance Cha Cha » de Grand Kallé.

Le Général-major Célestin Mbala Munsense – nouveau Chef d’état-major général des FARDC dans une tenue d’apparat

Le Général-major Célestin Mbala Munsense a été promu le 14 juillet au poste de Chef d’état-major général des FARDC. Célestin Mbala Munsense est né à Lubambashi en 1961 d’un père mulubakat originaire du territoire de Nyunzu dans la nouvelle province de Tanganyika et d’une mère luba du territoire de Tshilenge dans le dans le Kasaï-Oriental. D’autres sources disent qu’il aurait une ascendance tutsie (Banyaviura) des éleveurs venus des vagues d’exil du Rwanda et des hauts plateaux du Sud-Kivu pour s’installer dans localité dénommé Viura, à 180 km de Kalemie, en plein territoire de Moba, dans la collectivité de Manda, sous-prétexte de rechercher des plaines plantureuses pour le pâturage de leur bétail[8]

Il est de la 8ème promotion 1978 de l’Ecole de formation des officiers (EFO) Kananga, devenue actuellement Académie militaire de Kananga. Il en sortira lieutenant trois années plus tard pour parfaire sa formation à l’Ecole des troupes de transmission (ETTR) à Kananga dirigée par des instructeurs militaires belges de la Coopération technique militaire de l’époque. A l’époque, l’instruction à l’EFO Kananga était totalement dispensée par les belges. Mbala sortira officier des transmissions, spécialisé en écoutes et repérages. Il poursuivra sa spécialisation à la base de Kitona, au Kongo-Central, ensuite, à l’Ecole des commandants de compagnie d’infanterie (ECOCO). Il sera ensuite promu capitaine et envoyé en formation au Centre Supérieur Militaire (CSM) à Kinshasa. Il poursuivra plusieurs formations à l’étranger, notamment en France, au zimbabwe et au Soudan, en rapport avec les transmissions militaires et l’administration militaire

C’est depuis 1997 que le général Mbala côtoie de près Joseph Kabila, alors chef d’état-major de la force terrestre. Le général Mbala sera d’abord nommé Chef adjoint de la maison militaire du Président de la république chargé de l’administration et de la logistique de 2003 jusqu’à 2005. Il deviendra en 2006 le Chef de la maison militaire en replacement du vice-amiral Damas Kabulo Mudyamvita, nommé Secrétaire général du ministère de la Défense et des Anciens combattants. Il assumera cette fonction sans discontinuité jusqu’en 2014, cumulant cette fonction avec celle de Sous-chef d’état-major général des FARDC chargé de l’administration, en plus d’exercer simultanément une troisième fonction de directeur général chargé de la logistique du ministère de la Défense. En 2007, il sera élevé au rang de général de brigade (une étoile).

Avec la restructuration des FARDC de septembre 2014, le général Mbala, promu lieutenant-général (trois étoiles) sera Chef d’état-major général adjoint des FARDC chargé de l’administration et de la logistique. Une fonction qu’il va assumer jusqu’à sa nomination du 14 juillet 2018 comme chef d’état-major général des FARDC et à son élévation au grade de général d’armée (quatre étoiles), le grade le plus élevé parmi les officiers en activité. Il s’agit d’une consécration majeure pour sa carrière qu’il doit à sa loyauté sans faille à Joseph Kabila.

A l’instar de son prédécesseur Didier Etumba, le général Mbala reste un chef sans troupes, ayant eu peu de contacts avec les unités opérationnelles pour avoir été principalement un officier administratif.

Le général Mbala, décrit de discret et travailleur, fait cependant partie des faucons militaires du régimeIl est partisan de la ligne dure qui prône la conservation du pouvoir, à tout prix, par Joseph Kabila. Il exerce une grande influence auprès du chef de l’Etat dont il bénéficie d’une grande confiance. Il a longtemps géré également les finances et les fonds spéciaux de la défense, pratiquement toutes les commandes des matériels militaires sont traitées par lui, en collaboration étroite et discrète avec les généraux Olenga, Kabulo et le général Banze. Sa nomination peut en partie être considérée comme une radicalisation de l’aile militaire du régime de Joseph Kabila.

La montée en puissance sans cesse du général-major Gabriel Amisi Kumba « Tango Four »

De l’ethnie Kusu dans la province du Maniema, connu sous le code de « Tango Four » pour avoir été responsable de la logistique (T4) au sein de la rébellion pro-rwandaise du RCD-Goma, Gabriel Amisi Kumba fait partie des généraux de confiance et loyaux au président Kabila. Cet ex-FAZ s’est rallié à la rébellion de l’AFDL en 1996 avant de rejoindre le RCD-Goma Il s’est ensuite rapproché du président Kabila en 2004 lorsque ses compagnons d’armes Nkunda et Mutebusi ont créé la rébellion du CNDP [9]. Des observateurs et des sources militaires l’accusent le général Amisi d’être une sorte de « cinquième colonne » du Rwanda en RDC[10], en jouant notamment un rôle néfaste décisif lors de la prise de Goma par le M23 en novembre 2012 RDC[11].

Suspendu suite aux des soupçons de haute trahison qui pesaient sur lui après la chute de Goma contre la rébellion du M23 en novembre 2012, le général Amisi avait continué de bénéficier de la confiance de Kabila qui l’a réhabilité lors d’une réunion du Conseil supérieur de la Défense, le 30 juillet 2014[12]. Kabila le nomme en septembre 2014 au poste de commandant de la première zone de défense. Il s’agit d’une fonction de premier plan dans une zone militaire très stratégique regroupant trois anciennes trois provinces électorales – dont Kinshasa – qui ont généralement voté contre Kabila en 2006 et en 2011[13]. Sur terrain, c’est lui qui assume le commandement opérationnel inter-force de toutes les unités terrestres (41ème, 42ème et 43ème bataillons des FRR et des unités des forces de défense principale), aériennes et navales de la Première zone de défense. Ces unités font le contrepoids de la GR au sein de l’armée et font du général Amisi un maillon fort de la stratégie militaire de Kabila. En étant l’adjoint du général Mbala, sur papier, Amisi est de fait le véritable patron opérationnel des FARDC ? L’homme sur qui le régime de Kabila repose militairement.

Une ascension fulgurante du Général Delphin Kahimbi (ou Kayimbi), le pont entre Kabila, le Burundi et le Rwanda

Ancien chef d’état-major des renseignements militaires (Ex-Démiap), le général de brigade Delphin Kahimbi, promu général-major, vient d’être nommé Sous-chef d’état-major général chargé des renseignements. Cet ancien combattant de l’AFDL, de l’ethnie havu de Kalehe dans le Sud-Kivu, né en 1969 et recruté en 1996 au début de la rébellion de l’AFDL, reste un des fidèles lieutenants du président Kabila. Kahimbi a connu une ascension militaire fulgurante au sein des FARDC dont il est un des plus jeunes généraux. Formé au sein de l’Armée patriotique rwandaise en transmissions, Kahimbi a maintenu d’excellents rapports avec le Rwanda et les soldats rwandophones évoluant dans les FARDC. Il fut officier des transmissions de James Kabarebe entre 1997 et 1998 lorsque ce dernier était le chef d’état-major général des FAC, puis directeur des transmissions militaires à l’état-major de la force terrestre commandée à l’époque par Joseph Kabila. Kahimbi a également été chargé de s’occuper de l’approvisionnement des maquis des rebelles burundais du CNDD/FDD de Pierre Nkurunziza et des FDLR rwandais depuis Kamina. Le général Kahimbi a été commandant adjoint de l’ancienne 8èmeRégion militaire à Goma entre 2006 et 2009, puis commandant des opérations Kimia 2 et Amani Leo au Sud-Kivu de 2009 à 2012. En 2011, il devient commandant adjoint de la 10ème région militaire (Sud-Kivu). Kahimbi a été le chef de délégation militaire du gouvernement lors de négociations de Kampala avec le M23. Kahimbi fait partie des militaires sanctionnés par l’UE et la Suisse. C’est un militaire très loyal à Kabila et aux rwandais à qui il doit sa formation et une bonne partie de sa carrière militaire.

Conclusion

L’analyse des subtilités de ces nominations montrent que les généraux Amisi et Numbi et sont les véritables patrons des FARDC sur terrain. Ils auront des responsabilités opérationnelles bien définies pour impliquer activement l’armée dans la sphère politique en cas de cristallisation ou de dérapage de la crise électorale.

Le durcissement du régime de Kabila se confirme par ailleurs par la nomination du général Djadjidja à la tête de la 14ème région militaire couvrant la sulfureuse ville de Kinshasa. Djadjidja est réputé pour ses méthodes très violentes à la tête du bataillon PM (police militaire) à Kinshasa où il a sévi lors de violentes répressions de janvier et septembre 2015. Djadjidja a été formé à la Sundanese military academy (SMA). Un dernier constat est que le centre de gravité de l’armée reste verrouillé, depuis la chute de Mobutu, par les katangais et les swahilophones.

À l’heure où Kabila, n’ayant plus rien à perdre politiquement, tente de restructurer le paysage politique avec la création de sa méga plateforme politico-électorale le FCC, les nouvelles mises en place ne laissent plus aucun doute sur les intentions guerrières à peine voilée de la ‘prétorianisation’ de son régime. S’il réussit le coup de passage en force du cap du 23 décembre 2018, la RDC va tout droit se dévoyer vers un régime autocratique et dictatorial qui n’aura rien à envier aux années Mobutu.

Voici l’intégralité de l’annonce des ordonnances des nominations :

Jean-Jacques Wondo Omanyundu/Exclusivité DESC

Références

[1] Christophe Rigaud, RDC : Joseph Kabila peut-il encore compter sur son armée – Afrikarabia, 7 décembre 2017. L’ex-« bataillon Simba » de la PNC, placé sous les ordres directs du général Numbi, avait violemment réprimé les adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo, entre février et mars 2008, dans le Bas-Congo.

[2] Article 49 : L’Inspectorat général des Forces Armées relève du Ministre ayant dans ses attributions la Défense Nationale.

[3] Article 63 : Le Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées est chargé de la mise en condition des Forces et assiste le Commandant suprême dans leur mise en œuvre.

En rapport avec la mise en condition, le Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées coordonne les activités des Chefs d’Etat – Major des Forces, de différents Corps et Services ainsi que du Commandant Général des Ecoles Militaires.

Sur pied de guerre, il assiste le Commandant Suprême des Forces Armées dans le commandement des opérations et la conduite de la guerre.

En temps de paix et en temps de guerre, le Chef d’Etat-Major Général assure un contrôle permanent du commandement des unités.

Article 64 :

Le Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées relève du Ministre ayant dans ses attributions la Défense Nationale pour la mobilisation des ressources en vue de la mise en condition des Forces Armées.

[4] http://desc-wondo.org/fr/kabila-gratifie-les-generaux-fardc-en-contrepartie-de-leur-soutien-pour-une-transition-de-36-mois-flash-desc/.

[5] Hormis les pays qui ont connu des mobilisations armées et des trajectoires d’indépendance conflictuelles, sur les 48 États d’Afrique subsaharienne, 29 ont connu au moins un coup d’État militaire.

[6] R Luckhamar, “Militarization in Africa”, in SIPRI Yearbook, (ed.), World Armaments and Disarmament, London, Philadelphia, Taylor & Francis, 1985, p. 306.

[7] https://www.hrw.org/fr/news/2018/07/16/des-auteurs-datteintes-aux-droits-humains-recompenses-par-des-promotions-dans-larmee.

[8] Selon le juriste criminologie Jean-Bosco Kongolo, En 1990, Viura était devenu une grande cité hermétique d’à peu près dix milles âmes, avec école primaire et école secondaire dont les enseignants étaient bien payés par la communauté. https://desc-wondo.org/fr/vaches-de-lest-paturage-bandundu-nomadisme-suspect-j-b-kongolo/.

[9] Human Rights Watch, Août 2002, Vol. 14, No. 6 (A) 11 34.

[10] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, Who’s who: Le Général Gabriel Amisi ‘Tango Four‘, le boucher de l’est de la RDC, DESC-WONDO, 3 octobre 2014.

[11] En 2012, lors de la guerre contre la rébellion du M23, créé et soutenu par le Rwanda, une source des transmissions des FARDC en mission dans les zones opérationnelles au Nord-Kivu nous a fait part de sa surprise de constater que le général Amisi dirigeait les opérations en RDC et passait ses nuits à Gisenyi au Rwanda. Amisi a eu juste pour explication qu’il y a des réalités de terrain que notre source ne peut pas comprendre.

[12] Selon le compte-rendu officiel du CSD : « Pendant les vingt-et-un mois qu’il a été à la touche, des enquêtes ont été menées sur terrain qui devaient confirmer ou infirmer le fondement de cette accusation. Le Conseil Supérieur de la Défense, dans sa réunion tenue le 6 novembre 2013 a examiné des éléments supplémentaires apportés par la commission d’enquête. Et, il n’y avait pas d’autres preuves probantes ».

[13] JJ Wondo, Scoop DESC : Nouvelle restructuration des FARDC (+ Liste) : Le retour en force de Amisi Tango Four, DESC-WONDO, 19 septembre 2014.

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