Violences xénophobes en Afrique du Sud :l’unité africaine en péril

Le Phare


Qu’est-ce qui se passe en Afrique du Sud avec la montée de la
xénophopie ? Tous ceux qui ont séjourné un temps au Pays de Madhiba
n’en reviennent pas.
        Que dire de ceux qui se sont implantés là-bas pour y exercer leur
métier et contribuer un tant soit peu au développement de ce pays béni
des dieux, mais qui a vécu pendant des décennies sous le régime de
l’Apartheid ignoble et avilissant même pour ceux qui s’en vantaient?

        Fuyant, certes le chômage et la misère, de nombreux cadres provenant
des Etats voisins ou lointains d’Afrique centrale, orientale et
australe, se disent déçus par le comportement inattendu des
Sud-africains, qui se livrent depuis quelque temps à des actes de
violence sur leurs frères, avec lesquels ils ont toujours partagé des
moments de joie et de peine. Car, de tous temps, ils ont pensé et cru
aux sentiments d’africanisme.  En se rappelant que durant la longue
guerre de libération contre ce régime honni et conscients que
l’Afrique du Sud avait été libérée du joug de l’apartheid par la
pression africaine allait demeurer un modèle. Quelle erreur
aujourd’hui de jugement et d’appréciation au regard de cette flambée
de haine et de violence gratuite auxquelles ils n’ont jamais pensées ?
        C’est fort dommage que les frères sud africains refusent de lire les
signes des temps. Sinon, ils auraient compris que leur pays a été
libéré de l’Apartheid grâce aux multiples pressions exercées pendant
longtemps par les Etats africains qui ont hébergé et réconforté les
leaders sud-africains  dans leur lutte contre l’apartheid. Combien des
Sud africains n’ont-ils pas bénéficié de la naturalisation accordée à
certains d’entre eux? Au détriment des avantages que procuraient les
différents régimes de l’Apartheid et certains Etats européens
protecteurs de ce régime honni pour préserver leurs intérêts
économico-financiers, industriels, que des états africains
n’avaient-ils  rompu les relations commerciales avec le régime
sanguinaire d’apartheid? De nombreux Etats africains avaient mis à la
disposition des mouvements politico-militaires sudafricains des bases
et sites pour la formation et les exercices militaires de leurs
éléments armés, tout en servant des bases arrières l’A.N.C. (African
National Congress) ? Où s’entraînaient les militants de l’A.N.C. à la
guérilla ? L’Algérie, le Mali, la Tanzanie étaient tous derrière
l’A.N.C. pour l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud. Les
leaders africains fustigeaient et dénonçaient de vive voix l’apartheid
partout où ils se rendaient en visite. La tribune des Nations-Unies
était devenue l’endroit idéal et privilégié pour le plaidoyer en
faveur des noirs sud-africains. Que l’on se souvienne du discours
musclé et virulent de feu Mobutu Sese Seko, président du Zaïre
(actuelle R.D.C.) à l’O.N.U. en 1973 où il attaquait ouvertement, sans
détour et de façon frontale les blancs sud-africains et les colons
portugais en Angola, Mozambique, Sao Tomé et Principe, Guinée Bissau
et au Cap Vert. Feu, le bouillant Président Idi Amin Dada de l’Ouganda
était allé loin en 1975 en proposant de ramener la guerre de
libération  en Afrique du Sud pour libérer les Sud-africains du joug
du régime oppressif d’apartheid.. La même histoire de cette libération
est visible par la prise du pouvoir par les leaders noirs ayant vécu
les affres de l’apartheid.
L’histoire de l’Afrique du Sud a été tellement agitée qu’on ne peut
pas l’oublier si vite. Que les jeunes générations sud-africaines
revoient le livre d’histoire de leur pays.
        La xénophobie ambiante ainsi que la haine qui en découlent ont terni
l’image que l’on se faisait de ce pays. Jusque-là, c’était une
référence pour l’Afrique en matière de tolérance. A titre d’exemple,
ce sont les leaders sud-africains, noirs, métis et blancs qui ont
inventé le concept de «Vérité et Réconciliation» appliqué aujourd’hui
dans tous les pays africains en conflit à la recherche  d’une paix
durable. A l’instar de la philosophie Africaine qui prône le principe
de la résolution des querelles sous l’arbre à palabres devant les
«anciens».

Le chômage
        Un adage populaire déclare que lorsqu’on veut se débarrasser de son
chien, on l’accuse de rage. La xénophobie ambiante qui ravage le pays
de feu Madhiba ne peut être analysée qu’à l’aune de ce précepte. La
majorité des habitants de ce pays ont vécu les affres de ce régime et
en gardent encore des stigmates inoubliables. Néanmoins, ils ne
peuvent pas prétendre ignorer que ce sont des Etats africains et leurs
dirigeants encore en vie qui avaient sacrifié les avantages leur
proposé dans divers domaines de la vie socioéconomique par les
partisans de ce système odieux au risque de leur intégrité physique.
Feu le président mozambicain Samora Machel avait pays de sa vie pour
avoir affronté les sbires des services de sécurité. De retour d’un
voyage d’Etat à Kinshasa en 1977, son avion personnel avait connu un
crash qui, selon des spécialistes avertis n’était qu’un abattage par
voie d’un missile sol air probablement lancé par les services de
l’Apartheid juste au moment où il amorçait sa descente vers l’aéroport
international de la capitale mozambicaine. D’autres révolutionnaires
mozambicains connurent le même triste sort, notamment un ancien
dirigeant du mouvement de libération contre la colonisation portugaise
en Guinée Bissau et au Cap Vert.   Nous reconaissons  qu’il y a des
problèmes internes que certains leaders sud-africains rejettent sur
les soi-disant étrangers pour pouvoir se fixer ou avoir la paix. Pour
preuve, pourquoi la réaction tardive des autorités ? Cette pratique
est une technique très connue qui consiste à opposer les autochtones
aux étrangers aux fins de faire oublier momentanément les
préoccupations quotidiennes.
Il n’y a pas longtemps que les Zimbabwéens étaient victimes.
Aujourd’hui, ce sont les Somaliens, les Ethiopiens et surtout les
Congolais. Sous l’ordre du roi Zoulou et du fils du Président de la
République, les Sud-africains, se sentant galvanisés, se sont mis à
tabasser des étrangers et à piller leurs biens. Voilà qu’il y a mort
d’hommes. Qui sera comptable de cette tragédie devant l’histoire ? Le
seul crime que ces infortunés auraient commis, c’est  d’être
Des cas similaires s’étaient passés en Angola où les Congolais, encore
et toujours eux, ont été rapatriés manu militari dans leur pays. Des
militaires angolais les tabassaient comme s’ils avaient volé.
        Ici aussi, le seul crime commis c’est d’avoir été sur leur
territoire. Et dire que la  R.D.C. était leur base arrière lors de
leur lutte pour l’indépendance. Holden Roberto devenu, en 1962, le
Président du F.N.L.A. (Front National de Libération de l’Angola) et
favorable à une économie de type capitaliste se trouvait ainsi lié au
Zaïre(RDC)  et aux Etats-Unis. Le siège du F.N.L.A. se trouvait au
quartier Limeté à Kinshssa. Beaucoup d’Angolais étaient réfugiés au
Zaïre où ils menaient allègrement leur vie. Ils pouvaient aller où ils
voulaient. Ils étaient à Lubumbashi, Likasi, Kolwezi, Kipushi,
Kambove, Kinshasa… Ils travaillaient sans être inquiétés. Le Zaïre a
fait beaucoup pour l’Angola, il y a même dépêché ses propres
militaires combattre.
Aujourd’hui, tout cela n’est pas reconnu. C’est du passé. Vraiment
c’est regrettable.
        Un proverbe africain dit : «Si tu apprends à un ingrat à tirer à
l’arc, sache que tu seras sa première victime».
        Tous ces malheurs arrivent parce que nos pays ne sont pas
économiquement assis et stables. Les difficultés qu’ils traversent
font surgir les migrations.
        A ce propos, les migrations ne datent pas de maintenant. Même à
l’époque des Pharaons, elles existaient. Les Juifs que MoÏse avait
fait traverser la mer-rouge ne se trouvaient-ils pas en Egypte ? Les
Etats-Unis ne sont-ils pas peuplés d’immigrants ? Chercher à tarir les
migrations n’est pas facile. C’est une équation impossible.
        Les pays africains, sans exception, sont dans le démarrage
économique. Mais, le chemin du développement est long et parsemé
d’embûches. En Afrique on dit : «Celui qui n’a pas fini de traverser
le fleuve à la nage ne doit pas se moquer de celui qui se noie». Ce
que l’Afrique du Sud fait aujourd’hui parce que les autres sont dans
la nécessité peut, un jour, lui arriver.
        L’Union Africaine et la SADEC sont une fois de plus interpelées et
mises à l’épreuve.
F.M.

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