La politique au Congo-Kinshasa : du  »tshididi » aux  »masambakanyi » (au Kinzonzi, au Looso)

Au Kasayi les politiciens sont considérés comme étant  »bantu bena malu a tshididi ». C’est-à-dire  »des gens s’occupant des affaires de  »tshididi ». Au cours du journal parlé, en tshiluba, le mot politique est traduit par  »tshididi » Et dans la vie courante, il arrive que les menteurs soient assimilés aux politiciens et vice versa. La traduction du mot politique en tshiluba lui confrère ipso facto une acception  »négative ».
Dans notre langue vernaculaire,  »le tshididi » s’apparente à un ensemble d’actes posés par un individu ou un groupe d’individus à l’insu d’autres individus en vue de leur nuire, de leur rendre la vie difficile ou de les trahir. Ou tout simplement de trahir la cause qu’ensemble ces individus ont prétendue servir.
 »Le tshididi », ce sont  »les malu a muinshi muinshi », les coups tordus (mensongers) donnés aux siens, à ses proches, à ses camarades ou à ses amis. S’engager dans un processus de  »tshididi », c’est faire en sorte que ceux qui pourront être victimes des paroles dites ou des actes posés à leur insu, (derrière leur dos) ne s’en aperçoivent pas. En lingala, l’expression  »bayeba teee » rend bien la chose.
Des individus engagés dans le processus de  »tshididi »  »mangent » facilement  »les majanyi ».  »Manger les majanyi » signifie trahir les siens ou la cause que l’on sert après avoir été corrompu. C’est-à-dire après avoir troqué son cœur et son esprit contre les espèces sonnantes et trébuchantes, contre des doctrines ou des spiritualités aliénantes, mensongères, dominantes ou esclavagisantes. Dans son adresse à son peuple, le chef Kamwina Nsapu y fait allusion (https://www.youtube.com/watch?v=vCp4Gg_63zY)
Il y a un ou deux mois, un compatriote traduisant simultanément le petit discours de  »Joseph Kabila » en tshiluba à Kananga a eu recours au mot  »tshididi » pour traduire le mot  »politique ».
En effet, au Kasayi les politiciens sont considérés comme étant  »bantu bena malu a tshididi’‘. C’est-à-dire  »des gens s’occupant des affaires de  »tshididi ». Au cours du journal parlé, en tshiluba, le mot politique est traduit par  »tshididi » Et dans la vie courante, il arrive que les menteurs soient assimilés aux politiciens et vice versa. La traduction du mot politique en tshiluba lui confrère ipso facto une acception  »négative ». Cette traduction trahit, plus ou moins, la façon dont la politique se mène au Congo-Kinshasa depuis bientôt plus de soixante ans. Les coups tordus furent donnés par les services secrets étrangers dans le dos de notre peuple en assassinant son Premier Ministre, Patrice Emery Lumumba pour confier la charge du pays à une marionnette vouée au service des pays étrangers. Pendant plus de trois décennies, à coup des slogans mensongers, cette marionnette, gérée par ses maîtres, n’a rien apporté de consistant au bonheur collectif partagé au Congo-Kinshasa.
Après elle, une autre lui a succédé. Toujours téléguidée de l’extérieur. Elle a aussi, forte de l’appui des vieux dinosaures mobutistes, menti le peuple à coup des slogans du genre : cinq chantiers, révolution de la modernité, les portes des prisons seront ouvertes, etc. Pendant plus de deux décennies, cette dernière marionnette a menti sur tout : son identité, ses études, les élections, etc.
Dans une large mesure, l’acception  »négative » de la politique a triomphé au point de provoquer de la répulsion dans certains milieux populaires.
Dans ce contexte, il nous semble important de penser à re-conceptualiser ce mot à nous inspirant de sa pratique dans nos langues vernaculaires. Notre préférence pour  »la palabre » traduite en tshiluba par  »masambakanyi », en rega par looso, en kikongo, par  »kinzonzi’‘, etc. se justice dans la mesure où elle rend son titre de noblesse à la pratique politique. A la politique comme art de participer collectivement, en paroles et/ou en actes, à l’édification, à la construction du pays.
La pratique du looso, du kinzonzi ou des masambakanyi a l’avantage d’associer les populations, leurs représentants (les Kapita) et leurs chefs au traitement, à la délibération et aux décisions prises sur la gestion du village ou de la cité. Cette palabre est à la fois le lieu du politique (c’est-à-dire de la gestion des adversités et des conflits) et de la politisation des masses grâce au devoir reconnu à tous les participants d’avoir accès à la parole. Le fait qu’elle se déroule au niveau des collectifs citoyens de petite taille facilite la participation citoyenne.
Cette pratique politique pourrait redonner leur véritable place aux chefs (et surtout aux véritables chefs coutumiers) initiés à  »manger le pouvoir collectivement » (Bukalenge mbuimpe wa budia ne bantu, kubudia nkayebe nkubuyanga’‘) ; sous peine de le gâcher.Cette place est, comme le rappelle le chef Kalamba, (https://www.youtube.com/watch?v=k2kW0Gf1T3A&feature=share) celle du  »porte-parole » des collectifs citoyens, du peuple.
Accéder à ce poste de responsabilité exige, au préalable, une bonne et sérieuse initiation. Cela n’a rien à voir avec le paradigme de  »chanceeloko pamba » (https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1096948300340420&id=118487238186536). Cette initiation enseigne le sens de la chefferie, du  »bukalenge » ; elle dit comment  »le bukalenge se mange » pour être efficace. Elle établit le lien entre le chef et ses bantu. Elle définit les prérogatives légitimant le chef.Parmi ces prérogatives, il y a la protection de la vie des  »bantu » et de la terre héritée des aïeux. Une terre qui ne peut pas être vendue. (Le chef Kalamba y fait allusion dans la vidéo susmentionnée).
La gestion du pouvoir à partir de  »la palabre congolaise » pose la question de la reconversion du pouvoir des gouvernants afin qu’ils soient, en tout et pour tout, les portes-parole du peuple et non les vassaux de  »nouveaux cercles de pouvoirs », les multinationales et les Etats profonds anglo-saxons.
S’engager sur cette voie implique la connaissance des doctrines aliénantes, dominantes et esclavagisantes pour initier, à travers l’éducation et la formation citoyennes, à travers l’apprentissage en commun au sein des collectifs citoyens, une rupture en bonne et due forme avec elles tout en restant ouvert à l’interculturalité. Cette rupture peut aider à  »co-rompre » le rapport de vassalité des chefs congolais aux  »maîtres du monde ». Elle peut re-instaurer la réciprocité des rapports de complicité entre le chef et  »les bantu » mis sous sa responsabilité. Cette complicité exprimée en tshiluba par l’expression  »Mukalenge wa bantu, bantu wa Mukalenge ». C’est cette complicité qui donne sa légitimité au pouvoir assumé par le chef, le Mukalenge, même s’il est héréditaire.
Mbelu Babanya Kabudi

Leave a comment

Your email address will not be published.


*