Les Banques Commerciales Indexées Par Le Trésor US ?

Isolé au plan diplomatique, le Congo-Kinshasa de « Joseph Kabila » est en passe de faire face à une situation analogue au plan financier. Et pourquoi pas économique? Des banques commerciales non affiliées à des groupes internationaux éprouveraient actuellement des difficultés infranchissables à trouver des correspondants. Un handicap majeur dans ce pays – qui ne produit rien et importe tout – où le dollar américain est préféré à la monnaie nationale. Des analystes y voient des pressions exercées par le département américain du Trésor. En clair, le pays se trouve « sous surveillance » de la puissante Amérique. Une nouvelle banque agréée vient de faire l’amère expérience. Elle a choisi de jeter l’éponge…

Par lettre n°GOUV.D.03/0317 datée du 22 mars 2016, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) a accordé l’agrément à une toute nouvelle banque «à capitaux congolais» dénommée : AllianceBank s.a.

Le nouvel établissement a pour directeur général Auguste Sengo Nzuzi, un ancien responsable des Opérations à la Standard Bank. Le conseil d’administration, lui, est présidé par Ahmed Kalej Nkand, un nom bien connu. Il s’agit de l’ancien administrateur délégué général de la Gécamines qui est issu de la BCC.

Ouvrons la parenthèse pour rappeler que Kalej Nkand a été limogé le 26 juillet 2014 aux termes d’une ordonnance signée par «Joseph Kabila» pour «manquements graves dans l’exercice de ses fonctions». Cette motivation n’avait pas manqué de faire sourire ceux qui avaient connu la belle époque de la Commission de discipline du MPR Parti-Etat. Officiellement, il a été reproché à Kalej d’avoir surfacturé des matériels d’exploitation minière. Officieusement, l’homme aurait été victime d’une « cabale » fomentée par le duo Albert Yuma Mulumbi-Zoé «Kabila». Après deux années de traversée de la savane, l’ex-ADG a été «blanchi» en octobre dernier par la justice congolaise. Fermons la parenthèse.

Dans une correspondance n° ABBANK/DG/AS/PCA/006 datée du 8 mars 2017, Kalej Nkand et Auguste Sengo Nzuzi ont fait part au gouverneur de la Banque centrale du Congo d’un « épineux problème » que leur banque peine à résoudre douze mois après son agrément. Il s’agit de trouver de correspondants.

Plus inquiétant, Kalej et Sengo de préciser que « l’ensemble du système bancaire » congolais est confronté à ce même problème. «Et rien ne présage une normalisation de la situation à court terme», martèlent-ils.

De quoi s’agit-il? Il semble bien que les banques commerciales basées au Congo-Kin sont accusées de laxisme voire de fermer les yeux sur l’origine douteuse de l’argent déposé par la clientèle. Le mot « blanchiment » est à peine éludé. D’après des sources, trois institutions bancaires tirent leur épingle du jeu : BCDC (ex-Banque commerciale zaïroise), RawBank et TMB (Trust Merchant Bank).

Des correspondants très minutieux

Sur un ton de dépit, Sengo et Kalej lancent : «L’exercice de l’activité bancaire n’étant pas envisageable sans correspondants, nous sommes contraints de surseoir le projet et d’attendre un contexte plus favorable pour concrétiser notre détermination de créer une banque à capitaux congolais ». Et de conclure : « Aussi vous annonçons-nous, non sans regrets, la décision du Conseil d’Administration réuni le 18 janvier 2017 et des actionnaires réunis (…) le 8 février , de renoncer provisoirement à l’agrément ».

Il ne fait l’ombre d’un doute que la majorité des banques établies principalement à Kinshasa et à Lubumbashi sont dans le collimateur des autorités américaines. On le sait, celles-ci gardent un «droit de regard» partout où les transactions se négocient en dollar. «Aucune banque locale ne peut se passer de correspondants dans ce Congo où l’économie est dollarisée», explique un banquier.

Question : Pourquoi le problème rencontré par Alliance Bank s.a. se pose-t-il avec autant d’acuité maintenant ? Un économiste joint au téléphone jeudi soir à Kinshasa donne sa lecture : « Les difficultés rencontrées par Alliance Bank s.a. semblent confirmer des informations selon lesquelles sur pression des autorités américaines, les correspondants sont devenus très regardant sur l’actionnariat autant que sur l’historique de l’institution avant d’accepter de travailler avec une banque».

Quid de l’actionnariat d’Alliance Bank s.a? Celui-ci est composé comme suit : Kwanza capital s.a, 8 000 actions (80%) évaluées à 9.600.000 USD ; David William Ezekiel, 1000 actions (10%), 1.200.000 USD ; Lodi Diongo Peter, 500 actions (5%), 600.000 USD ; Mukindji Museu Gabriel, 500 actions (5%), 600.000 USD.

La fratrie « Kabila »

Selon des informations encore fragmentaires, des membres de la fratrie «Kabila» et des proches du «raïs» se dissimuleraient derrière la douce appellation de « Kwanza capital s.a ». Le nom le plus cité est celui est celui d’Albert Yuma Mulimbi, le tout-puissant PCA (président du conseil d’administration) de la Gécamines. Zoé est également cité. D’aucuns pourraient rétorquer qu’on ne prête qu’aux «riches». Pourquoi pas? Une chose paraît sûre : depuis 16 ans, les «héritiers» de Mzee Kabila ont donné toute la mesure de leur avidité. Ils sont impliqués dans tous les coups où on peut rafler quelques millions de dollars de plus.

La fratrie «Kabila» serait sur le point de prendre le contrôle des principales banques commerciales de la place. Quarante pour cent du capital de la BGFI Bank se trouvent déjà dans l’escarcelle de la « famille ». Des sources bien informées indiquent que « Joseph Kabila » a chargé un cabinet d’avocats parisien de négocier le rachat de 60% des parts détenues par la famille Forrest à la BCDC.

La « famille présidentielle » a des vues sur la BIAC. Dans une lettre datée du 1er octobre 2016, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), a donné à la « China Taihe Bank of Congo » l’avis favorable à sa demande d’agrément en qualité de banque opérant au Congo-Kinshasa. Les « Chinois » veulent reprendre la BIAC.

Le problème? Derrière le fameux groupe chinois – dont l’adresse reste inconnue – se dissimule la « famille » représentée Ruwet Mtwale «Kabila». Pour la petite histoire, la BGFI RDC Bank S.A. est dirigée par Francis Selemani… Mtwale. Un « détail de l’histoire » : avant la guerre de l’AFDL, « Joseph Kabila » a eu à porter, à diverses occasions, les patronymes de Mtwale et de Kanambe.

Selon d’autres sources, Zoé «Kabila» figure parmi les actionnaires de la banque nigériane
«Fibank» dont le siège se trouve à Banjul, en Gambie.

La fratrie déballée

En octobre dernier, la fratrie «Kabila» a été déballée. Un déballage de plus après les 15 milliards révélés par le journaliste Richard Miniter et les fameux Panama Papers. Un titre choc barrait, samedi 29 octobre, la manchette du quotidien bruxellois « Le Soir » : « La corruption du régime Kabila vue de l’intérieur ».

Le journal publiait, sous les plumes de Colette Braeckman et de Xavier Counasse, les révélations du Congolais Jean-Jacques Lumumba. Celui-ci est le chef démissionnaire du département des engagements à la BGFI RDC Bank SA que dirige Françis Selemani Mtwale.

On apprenait que dès le lendemain de sa nomination à la tête de la Banque centrale du Congo, le gouverneur Déogratias Mutombo Mwana Nyembo avait ordonné, en date du 29 novembre 2013, le versement d’un montant de 42,999 millions $ au crédit du compte de la société d’import-export « Egal »- une propriété de la fratrie « Kabila » – avec pour libellé : « provision investissement ».

Blanchiment

A Kinshasa et à Lubumbashi, des diplomates – dont la mission consiste à représenter l’Etat d’envoi mais aussi à observer et à informer celui-ci sur ce qui se passe dans le pays d’accueil – assistent à un « boom immobilier ». Des parlementaires ont à maintes reprises tiré, en vain, la sonnette d’alarme face à ce qui ressemble à des opérations de blanchiment.

En décembre 2016, l’Agence d’information américaine Bloomberg a enfoncé le clou en dévoilant un réseau de 70 entreprises (or, diamant, banques, cuivre, cobalt, pétrole etc.) qui rapportent plusieurs centaines de millions de dollar au «raïs» ainsi qu’à sa famille. Bloomberg soulignait que «le manque de transparence dans certaines transactions de la famille a causé des dommages à l’économie du Congo ». Ceci explique sans doute cela…

Après Alliance Bank s.a., d’autres établissements bancaires vont-ils mettre la clé sous la porte? Affaire à suivre.

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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