Débandade à la Majorité Présidentielle

Débandade à la Majorité Présidentielle

La case « majorité présidentielle » est en feu. Le bateau MP chavire. La débandade y quasi-totale. Pour avoir co-signé la lettre incendiaire du G 7 adressée au Chef de l’Etat, le ministre du Plan, Olivier Kamitatu, vient d’être renvoyé du Gouvernement, au terme d’une Ordonnance signée hier soir par Joseph Kabila.

Joseph Kabila a sauté sur l’occasion pour signer l’ordonnance révoquant son Conseiller spécial en charge de Sécurité, Pierre Lumbi, dont le parti (MSR) figure parmi les signataires de la fameuse lettre du 14 septembre appelant à l’alternance au pouvoir.

Les sept signataires de la fameuse lettre sont exclus de la Majorité. L’avenir de leurs partis respectifs au sein de la MP va désormais dépendre de la position que les bases de ces partis vont prendre vis-à- vis des chefs de ces partis concernés. Autrement dit, si ces partis ne désavouent pas leurs chefs incriminés, ils seront contraints de quitter la MP et de perdre ainsi leurs postes au sein du Gouvernement.

La décision d’exclure de la MP les partis signataires de la lettre du G7 a été prise au cours d’une réunion de crise tenue hier mercredi avant-midi par le Bureau politique de la MP. Curieusement, la déclaration ad hoc a été lue par le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, alors que la MP a ses communicateurs bien identifiés. Si Luzanga Shamandevu était mal placé pour le faire, puisqu’étant de l’ARC, Franklin Tshamala pouvait être mis à contribution, à défaut de Nzola Kisombe ou bien d’autres. Un dysfonctionnement qui traduit la débandade observée depuis quelque temps à la MP.

Outre Olivier Kamitatu, le MSR Pierre Lumbi quitte également son poste de Conseiller du chef de l’Etat en charge de Sécurité.

Jusque-là, ce sont les deux personnalités (du gouvernement et du cabinet du président de la République) qui sont officiellement frappés. Mais le Mouvement social pour le renouveau (MSR) risque aussi de perdre le poste de ministre de la Défense nationale, anciens combattants et réinsertion, occupé par Aimé N’goy Mukena. Le PDC de José Endundo a désormais aussi des soucis à se faire concernant le poste qu’occupe Bienvenu Liyota, ministre de l’Environnement. Le divorce étant consommé entre e parti de José Endundo et Joseph Kabila suite à l’affaire G 7.

La RDC fonctionnant selon les humeurs de ceux .qui la dirigent aujourd’hui, il faut craindre que tous les partis « frondeurs “ puissent perdre leurs portefeuilles au sein du gouvernement central et d’autres institutions de la République. Mais Kabila devra éviter des casses sur le plan légal, au risque d’exposer son 1er ministre aux critiques de l’Assemblée nationale et du sénat.

D’aucuns pensent qu’un dialogue pouvait bien résoudre cette crise s’il était organisé à l’interne entre l’autorité morale et le “ G7 “ pour discuter et trouver un terrain d’entente. Malheureusement, la MP qui prône le dialogue avec l’Opposition, s’abstient, curieusement, de le faire dans sa propre famille, estimant que les frondeurs avaient déjà alerté l’opinion tant nationale qu’internationale de leurs différends, “ exposant ainsi l’Autorité morale “.

L’alliance MP vole donc en éclats à 14 mois des législatives et de la présidentielle de novembre 2016, alors que les plateformes politiques, de la majorité comme de l’opposition, ont, urgemment besoin d’une forte cohésion pour traverser cette zone de turbulences de 2016 qui s’annonce extrêmement dangereuse.

Un remaniement en vue

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, le fer vice-président Charles Mwando Simba, co-signataire de la fameuse lettre du G 7, risque aussi d’être appelé à démissionner et céder ce fauteuil à un autre député de la Majorité présidentielle. Idem pour le rapporteur de cette institution, Ezadri Eguma, issu du MSR, parti exclu désormais de la MP. Déjà, apprend-t-on, il est demandé aux cadres de la MP qui viennent d’être exclus de la plateforme présidentielle de tirer toutes les conséquences de cette mesure.

Mais la procédure sera longue pour ce faire, étant donné que le Règlement intérieur de la Chambre basse, par exemple, exige beaucoup d’acrobaties pour faire partir un membre du bureau. Le feuilleton Kamerhe est encore frais dans ‘les mémoires des Congolais.

Entre-temps, plusieurs candidats de la MP e bousculent déjà au portillon du secrétaire général pour combler les vides attendus. La bataille s’annonce rude. Mais le dernier mot reviendra à la haute hiérarchie de la MP pour désigner celui ou celle qui devra succéder à Mwando au bureau de la chambre basse du Parlement ou d’autres ministres éjectés.

Dans la même logique, Kyungu Wa Kumwanza est également sur une chaise éjectable désormais. Président de l’Assemblée provinciale de l’ancienne province du Katanga, émiettée en quatre morceaux, ce notable katangais, très influent dans cette partie du pays, devra être remplacé par un autre cadre de la Majorité présidentielle, suite à cette mesure d’exclusion.

Le rescapé est sans nul doute Christophe Lutundula Apala pen Apala, député national, qui peut encore conserver son siège à l’Assemblée nationale, malgré son exclusion de la Majorité présidentielle (MP).

Pour rappel, sept partis de la Majorité présidentielle avaient plaidé pour l’organisation des élections dans le délai constitutionnel et aboutir à l’alternance politique en République démocratique du Congo. Ils ont adressé une correspondance à Joseph Kabila dans laquelle ils dénoncent les “ intentions inavouées de ne pas respecter la Constitution, de décrédibiliser et de désacraliser les institutions sur lesquelles repose tout régime démocratique “.

Quant aux élections dont un nouveau cycle devait s’ouvrir en octobre par l’élection des députés provinciaux et les locales, selon le calendrier publié par la Ceni en février 2015, mais qui risque de ne plus se tenir au regard du récent arrêt de la Cour constitutionnelle, les signataires affirment que « chaque jour qui passe apporte plus de confusion que de clarté ».

Face aux difficultés de financer tous les scrutins prévus en 2015 et 2016, le groupe a proposé “ l’ardente obligation de se limiter à l’organisation des élections présidentielle, législatives, sénatoriales et provinciales sur base d’un fichier révisé”.

“Nous avions combattu la dictature dans ce pays et nous ne pourrons jamais accepter qu’il y ait des velléités dictatoriales à travers certaines décisions et certains faits qui nous inquiètent”, a déclaré Gabriel Kyungu wa Kumwanza.

Cette lettre adressée au président Kabila porte la signature d’Yves Mobando Yoga (Mouvement social pour le renouveau), Olivier Kamitatu (Alliance pour le renouveau du Congo), Jasé Endundo Bononge (Parti démocrate chrétien), Banza Maloba (Avenir du Congo), Gabriel Kyungu wa Kumwanza (Union nationale des fédéralistes du Congo), Charles Mwando Nsimba (Union nationale des démocrates fédéralistes) et Christophe Lutundula (Alliance des démocrates pour le progrès).

Il y a de cela quelques mois les mêmes cadres de l Majorité présidentielle avaient entrepris la même démarche en écrivant à l’autorité morale pour qu’il se prononce clairement par rapport à son départ en 2016, et qu’il leur choisisse un dauphin. Cette initiative avait sérieusement secoué la famille politique à laquelle appartient le chef de l’Etat, avant que les linges sales ne soient lavés en famille à Kingakati, la ferme présidentielle.

Sauf imprévu, les rangs de l’Opposition politique risquent d’accueillir quelques “ poids lourds “ chassés de la Mangeoire, en vue de faire un front commun pour obtenir l’alternance à travers un passage civilisé du pouvoir au terme du second et dernier mandat de Joseph Kabila à la magistrature suprême.

Par LEFILS MATADY

Leave a comment

Your email address will not be published.


*