La question de la légitimité politique avant les élections

Les critiques formulées à l’endroit des intellectuels congolais ne devraient pas décourager la recherche. Surtout en ce temps où des cartels électoralistes alignent des  »doctrines de bonnes intentions comme programmes de gouvernement ou projets de société » avant que leurs applaudisseurs et autres thuriféraires ne demandent aux Congolais(es) de leur accorder le bénéfice du doute. Non. Il est inconcevable qu’au 21ème siècle, les partisans de  »la démocratie du marché » estiment que  »la démocratie participative » est un luxe. Qu’ils se retrouvent avec  »leurs experts » pour concocter des textes sur le gouvernement du Congo-Kinshasa sans que les populations de la base n’y participent. Non.  »Le gouvernement représentatif » a marqué ses limites et s’est disqualifié. Il n’a plus de sens que pour les privilégiés désirant imposer leurs vues aux masses populaires qu’ils considèrent comme étant inutiles. L’approche de la politique comme  »masambakanyi », comme  »looso », comme  »kinzonzi » implique que la participation, la délibération et la décision populaires soient prises en compte au cours du processus de légitimation politique. La conception des programmes de gouvernement et des projets de société font partie de ce processus. La prise en compte de la participation, de la délibération et de la décision populaires (à la base) à travers  »les tupangu » (petites conférences citoyennes) est un élément indispensable de la légitimation politique du peuple.  »Le peuple qui gagne toujours » est celui qui participe activement à ce processus en vue d’en faire sien. Cette légitimation populaire précède les élections et signe le refus de l’embrigadement du  »peuple appelé à gagner » par les sous-fifres ou les sous-traitants de quelque bord que ce soit. Elle signe le passage de la politique entendue comme  »ruse » ou  »roublardise » à la politique au sens noble du mot ; c’est-à-dire comme lieu de l’accueil de  »tous les dissensus » et d’échange d’opinion sans entrave » (F. Ost,2015).

Il y a longtemps que des études sur la légitimité politique soutiennent qu’elle s’affaiblit en se réduisant à la légitimité électorale(Lire R. ROCHLITZ, Habermas, L’usage public de la raison, Paris, PUF, 2001). Et l’approche traditionnelle de la politique africaine comme  »palabre » leur donne raison. Là où la légitimité populaire précède la légitimité électorale, il y a lieu que les citoyen(ne)s arrivent à penser aux outils institutionnels pouvant leur permettre de contester et même de contrôler les décisions qu’ils (elles) ont élaborées ensemble avec ceux et celles d’entre eux (elles) pouvant les représenter au niveau étatique.

La disqualification indiscriminée des intellectuels congolais peut être une stratégie pour éviter que les plus lucides parmi eux ne puissent décrier les sous-fifres de  »la démocratie du marché » et inviter à passer de  »la politique-ruse-roublardise » (  »Tshididi ») à  »la politique-palabre ». Les minorités organisées, conscientes et consciencieuses devraient rester vigilantes au cœur de l’Afrique.

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961

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