L’identité kongolaise n’est pas figée

« Il n’y a rien de mieux que l’adversité. Chaque défaite, chaque déchirement, chaque perte, contient sa propre graine, sa propre leçon sur la façon d’améliorer votre performance la prochaine fois » ~ Malcolm X

 

Des compatriotes ont participé et participent encore au débat sur  »la kongolité ». Fouillant mes archives et ma mémoire, je me suis rendu compte que ce débat n’était pas nouveau. Avant  »les élections-pièges-à-cons » de 2006,  »un diplomate occidental » l’avait interdit au  »parlement ». Pourquoi ? En  »bon faiseur des rois » (avec d’autres), il avait déjà choisi son candidat et l’avait présenté comme étant  »une chance pour le Kongo » avant de se dédire quelques années après…(Ce détail historique vaut son pesant d’or. Il arrive que ça ne soit pas les Kongolais eux-mêmes qui décident de dire qui est Kongolais et qui ne l’est pas dans un monde où leur poids dans la balance des rapports de force est presque nulle.)

Et à Sun City, ce candidat a été imposé à certains Kongolais de père et de mère afin qu’ils participent ensemble à la production d’un  »Etat-raté-manqué » au cœur de l’Afrique. Pour dire les choses autrement, ces quelques Kongolais de père et de mère ont, depuis le début de la guerre raciste de prédation et de basse intensité, trahi leur terre-mère. Ce faisant, ils ont prouvé qu’être de père et de mère kongolais est l’une des conditions nécessaires pour être Kongolais. Mais que cette condition n’est pas suffisante pour être un courageux patriote ou souverainiste. Elle peut être corrompue par la trahison, l’avidité, la cupidité, le pouvoir-os donnant accès à l’argent, aux belles voitures, aux belles villas, aux costumes et cravates, etc. Elle peut être corrompue par  »la politique du ventre ».

Si être soi est en grande partie liée à la biologie, il est aussi le fruit d’un enracinement culturel ; anthropologique. Le soi biologique peut s’accueillir comme  »pro-jet » au cœur et au cours d’une existence ayant des dimensions culturelles, sociales, spirituelles, économiques et environnementales à prendre en compte. Donc, être soi comme  »pro-jet » est fondamentalement un libre choix à opérer continuellement au cœur des déterminismes à maîtriser, à assumer, à transformer en opportunités d’un possible devenir mieux individuellement et collectivement. Ce libre choix est donc un ouvrage à remettre constamment sur le métier en fonction des luttes que le soi accepte de mener et des défis auxquels il répond individuellement et/ou collectivement. La conscience éveillée sur ces luttes et ces défis est indispensable au devenir soi ; pour le pire et/ou pour le meilleur.

Le courage d’être soi au cœur de ces luttes et défis a besoin des racines. La terre-mère comme lieu d’enracinement et d’orientation fournit à l’identité en devenir des repères, des valeurs (ou des anti-valeurs), des marqueurs du  »bomoto », de l’être soi et cela tout au long de l’histoire.

Le courage d’un soi enraciné a besoin d’être porté par les idéaux de liberté, de dignité, de justice, de paix, de vérité, etc. afin qu’ il devienne cette vertu d’endurance dans l’impossible pour le transformer en possible. Porté par ces marqueurs du  »bomoto », le courage d’un soi enraciné peut lui permettre, individuellement et/ou collectivement de transporter les montagnes, de renverser les rapports de force. Un soi enraciné connaissant l’adversité (et sa nature) et l’adversaire et se connaissant a beaucoup de chance, dans le monde réel, de savoir choisir les méthodes, les tactiques et les stratégies de lutte efficaces sans renoncer à la possibilité de rester prêt pour le sacrifice, les compromis et les concessions. (Connaître, savoir, cela se cultive. Tout comme le courage!)

Etre un soi enraciné, courageux et luttant est un rendez-vous du  »donner et du recevoir ». Sa part biologique et territoriale est donnée. Le reste est à  »recevoir » et à accueillir dans une dynamique anthropologique allant de la naissance à la mort.

Dans ce contexte, être un soi à la fois enraciné, courageux, luttant et un  »pro-jet » est un apprentissage au cours duquel plusieurs influences interfèrent. Les paradigmes dominants peuvent être, au cours de cet apprentissage, déstructurants. L’exemple des paradigmes de néantisation (la traite négrière), de celui de l’indignité (la colonisation) et de celui de  »la négritude de service » (la néocolonisation) peut être évoqué. Ces trois paradigmes ont été mortifères pour plusieurs compatriotes Kongolais réduits au rang des des désorientés, des soumis et des assujettis en costume et en cravate et refondés sur le militarisme,  »la discrimination » et le matérialisme.

Si l’on y a ajoute les ravages de  »la philosophie de la chance eloko pamba », de la  »ndombolisation » et de la  »wengetisation » des cœurs et des esprits kongolais au cours des dernières décennies, on comprend jusqu’où le pays est allé dans sa débâcle avec des millions de ses enfants ignorants, abrutis, massifiés.

Cela étant, ce parcours historique tragique a aussi vu émerger au cœur de l’Afrique, des  »survivants », des dignes filles et fils capables de faire face à l’adversité en tirant leur épingle du jeu ou de passer le relais ; des héroïnes et des héros de la cause Kongo-terre-mère : des combattants de la liberté et des souverainistes convaincus et ouverts.

Il arrive que ce parcours historique tragique opère des conversions dans un sens ou dans un autre. Des conversions qui ne sont pas toujours bien vues et/ou comprises par les dictateurs de la logique binaire figée mais qui demeurent de l’ordre du possible.

Donc, à mon avis, le meilleur débat ne peut pas se limiter à celui du choix des Kongolais de père et de mère aux postes de responsabilité régaliens dans  »une néocolonie ». Non. Il est d’abord celui de la refondation de l’Etat Kongolais sur des bases souverainistes. Il est celui de l’identification des soi Kongolais forts individuellement et collectivement, enracinés, maîtrisant en conscience leur histoire (et celles des autres), courageux et luttants et/ou se concevant comme des humains toujours-déjà-en devenir, portés par les marqueurs du  »bomoto » ; capables de s’unir, de sacrifices, de compromis et des concessions dans un monde réel où ils ne sont pas seuls ; des souverainistes à même d’accepter de se démultiplier et de passer le relais au cours d’ une guerre perpétuelle raciste de prédation et de basse intensité : des souverainistes tournés vers l’enrichissement de la matière grise nationale par l’étude de la géopolitique, de la géostratégique, de la géoéconomie, du droit, etc. pour une prise en charge conséquente et multipolaire du Kongo-Kinshasa, de l’Afrique et du monde.

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961

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